mercredi 13 mai 2026

Voyage en Egypte

 Au bord du Nil, lorsque la lune se suspend comme une barque d’argent au-dessus des palmiers immobiles, les anciens racontent encore l’histoire d’un voyageur dont le nom s’est perdu dans le sable.

On dit qu’il arriva en Égypte à l’heure où le couchant embrase les pierres, avec dans sa poche une boussole brisée et dans le cœur une question qu’aucun livre n’avait su apaiser : que reste-t-il d’un royaume lorsque ses dieux se taisent ?

Il n’était ni savant ni prêtre. Seulement un homme hanté par des songes.

Chaque nuit, il voyait une porte de basalte gravée d’étoiles, cachée quelque part sous les dunes, et une voix de femme murmurait :

— Viens. Le temps n’est qu’un fleuve qui se souvient.

Alors il marcha.

Depuis les ruelles du Caire jusqu’aux colonnes de Louxor, des marchés bruissants aux solitudes de la Vallée des Rois, il suivit les signes. Un scarabée d’or trouvé au pied d’un sycomore. Une fresque effacée où brillait encore un œil peint. Le rire d’une vieille mendiante qui, en lui tendant une datte, souffla :

— Cherche là où le soleil meurt deux fois.

Il comprit lorsque, au crépuscule, il atteignit l’entrée oubliée d’un temple enfoui sous le sable rouge, au-delà d’Assouan.

Les hiéroglyphes qui en gardaient l’accès pulsaient comme une braise.

Lorsqu’il posa la main sur la pierre, le monde bascula.


Il se réveilla dans une Égypte que nul vivant n’avait connue.

Le désert n’était plus silence mais chant, vibrant des prières innombrables offertes aux dieux. Le Nil, plus vaste, reflétait des voiles pourpres et des palais d’albâtre.

Devant lui s’élevait Thèbes dans sa splendeur.

Une femme l’attendait au sommet d’un escalier colossal.

Elle portait la couronne à double plume et ses yeux avaient l’éclat des aurores.

C’était la reine-pharaon, celle que l’Histoire nommerait plus tard Hatchepsout.

Elle ne sembla nullement surprise.

— Te voilà enfin, voyageur des siècles.

Sa voix avait la profondeur des chambres funéraires.

Elle le guida à travers son temple, parmi les colonnes peintes de bleu et d’or, jusqu’à une salle interdite où brûlait une flamme sans combustible.

— Chaque règne laisse une empreinte dans la trame du temps, dit-elle. Mais certains cherchent à effacer les femmes et les rois qui savaient voir plus loin que leur époque.

Elle lui remit une clé d’obsidienne.

— Trouve-les. Écoute-les. Assemble leur mémoire.

À peine eut-il saisi la clé que le sol se déroba.


Il fut projeté dans une autre époque.

Le vent soulevait la poussière autour d’un palais d’Akhetaton.

Sous un ciel blanc, un homme au visage fin contemplait le disque solaire.

C’était Akhenaton.

À ses côtés se tenait Néfertiti, d’une beauté si étrange qu’elle semblait sculptée dans la lumière elle-même.

— Les dieux ne sont pas dans les statues, dit Akhenaton sans détourner les yeux. Ils résident dans l’élan qui pousse l’homme à chercher plus haut.

Néfertiti, elle, fixa le voyageur.

— Mais toute vérité trop neuve est d’abord condamnée.

Elle posa dans sa paume une plume de lapis-lazuli.

Et le temps chavira encore.


Il rencontra Cléopâtre VII sur une terrasse d’Alexandrie battue par les vents marins.

La reine regardait brûler l’horizon.

— Ils diront que je n’étais que séduction et calcul, murmura-t-elle. Ils oublieront que j’ai lutté pour que survive une civilisation entière.

Dans ses yeux dansait déjà la fin d’un monde.

Elle lui remit un fragment de miroir.

— Regarde toujours au-delà des récits écrits par les vainqueurs.

Quand il contempla son reflet, il n’y vit pas son visage.

Il vit l’avenir.


L’Égypte surgissait devant lui, transfigurée.

Les pyramides flottaient au-dessus du désert comme des cristaux de lumière. Le Nil n’était plus eau, mais un fleuve d’énergie traversant une cité impossible où verre et pierre antique fusionnaient.

Des temples holographiques diffusaient les anciens chants.

Des initiés vêtus de blanc marchaient entre sphinx mécaniques et jardins suspendus.

Au centre se dressait une grande bibliothèque circulaire, bâtie à l’emplacement même d’Alexandrie.

Là, une enfant au crâne rasé l’attendait.

Elle portait au front l’uraeus des anciens pharaons.

— Bienvenue dans Kemet-Sekhmet, l’Égypte de l’Aube Nouvelle.

Sa voix résonnait comme mille échos.

— Nous sommes les héritiers de ce que votre époque a oublié : la science sacrée. Les anciens ne construisaient pas seulement pour durer. Ils bâtissaient pour transmettre à travers les âges des clés de conscience.

Elle lui montra les pyramides.

Leur sommet pulsait comme un cœur.

— Ce ne sont pas des tombeaux. Ce sont des diapasons cosmiques. Quand l’humanité sera prête, elles s’éveilleront.

Alors il comprit.

Son voyage n’avait jamais consisté à retrouver des rois disparus.

Il devait relier les fragments dispersés de leur mémoire.

La clé d’obsidienne, la plume bleue, le miroir.

Il les assembla.

Une lumière fulgurante jaillit.

Et il se retrouva de nouveau au seuil du temple enfoui.

Le désert était silencieux.

Dans sa main reposait une tablette d’or gravée de ces mots :

"Le passé n’est pas derrière toi. Le futur n’est pas devant. Ils dorment ensemble dans le cœur de celui qui cherche."

On raconte qu’il disparut cette nuit-là dans les dunes.

Certains disent qu’il erre encore entre les siècles.

D’autres jurent l’avoir aperçu à l’aube, debout face aux pyramides de Pyramides de Gizeh, comme s’il attendait que les pierres lui parlent.

Et lorsque le vent souffle depuis le désert, il arrive qu’on entende une voix murmurer :

— Le temps se souvient. L’Égypte aussi.






mardi 12 mai 2026

l'Italie et ses Monuments

 









L'Italie et ses paysages

 




L'Italie pour voyager et rêver le Lac de Côme

 




Voyage à deux

 




Sous le ciel doré d’un printemps italien, Lina, vingt-huit ans, et sa grand-mère Éléonore, soixante-quinze ans et l’énergie d’une jeune fille de vingt ans, débarquèrent à Venise avec deux petites valises couleur ivoire et des éclats de rire plein les poches.

Éléonore portait des lunettes de soleil oversize, un foulard en soie noué dans les cheveux et des baskets blanches impeccables. Elle refusait qu’on l’appelle “mamie”.

— “Grand-mère, à la rigueur. Ou Éléo, si tu veux faire moderne.”

Lina riait à chaque fois.

Leur voyage avait commencé comme une simple escapade. Une envie soudaine, presque irrépressible, de traverser l’Italie ensemble. Mais très vite, elles comprirent qu’il s’agissait de bien plus que cela.

Leur première nuit se passa dans un palais surplombant le Grand Canal. Depuis leur balcon, elles regardaient les gondoles glisser dans l’eau comme des songes silencieux. Au petit matin, elles dégustèrent un cappuccino sur une terrasse baignée de lumière.

— “Regarde ça, Lina…” murmura Éléonore. “À mon âge, je pensais connaître la beauté. Et pourtant, l’univers trouve encore le moyen de me surprendre.”

Lina prit sa main.

— “Merci.”

— “À qui ?”

— “À l’univers.”

Alors elles fermèrent les yeux et, ensemble, soufflèrent un simple merci au vent.

De Venise, elles partirent vers le lac de Côme, dormant dans des palaces aux jardins parfumés de jasmin. Elles nageaient chaque matin dans des eaux limpides, turquoise sous le soleil, où le ciel semblait se refléter jusqu’au fond de l’âme.

Éléonore plongeait avec une grâce insolente.

— “Dépêche-toi, Lina ! On n’a pas toute la vie devant nous !”

— “Toi, peut-être pas, mais vu ta forme…”

— “Exactement ! Alors profite !”

Et leurs rires résonnaient contre les montagnes.

À Florence, dans les salons feutrés d’un hôtel Renaissance, elles rencontrèrent leur premier guide : un vieil homme nommé Matteo, vêtu de lin blanc, dont le regard semblait contenir des siècles de silence.

Il leur parla d’une sagesse ancienne.

— “Le voyage extérieur,” dit-il, “n’est que le miroir du voyage intérieur. Chaque ville vous révélera une part de vous-mêmes.”

À Rome, une femme lumineuse appelée Sofia leur enseigna l’art de la gratitude consciente.

Chaque matin, face au lever du soleil, elles devaient prononcer trois mercis.

“Merci pour ce corps qui me porte.”
“Merci pour cet instant.”
“Merci pour ce mystère qu’est la vie.”

Puis vint la côte amalfitaine.

Là, suspendues entre ciel et mer dans un palace aux terrasses fleuries, elles rencontrèrent un dernier maître : un homme discret qui méditait face à l’horizon.

Il leur dit simplement :

— “La sagesse universelle n’est pas un sommet à atteindre. Elle est déjà là, dans votre rire partagé, dans vos baignades, dans vos silences, dans l’amour qui circule entre vous.”

Cette nuit-là, Lina et Éléonore s’assirent au bord de la falaise. En contrebas, les eaux turquoise scintillaient sous la lune.

— “Tu sais,” dit Lina, “je crois que ce voyage me transforme.”

Éléonore sourit.

— “Moi aussi.”

— “À ton âge ?”

— “Surtout à mon âge. On ne cesse jamais de devenir.”

Alors elles levèrent leurs verres de limoncello vers les étoiles.

Et ensemble, dans un éclat de rire, elles remercièrent encore l’univers pour ce fabuleux voyage initiatique qui leur rappelait cette vérité simple :

la vie est un palais ouvert à celles qui osent y entrer le cœur grand ouvert.







Le voyage d'une petit chat

 



dimanche 10 mai 2026

le dernier Voyage

 Le train de banlieue quitta la gare à 18 h 12, dans ce long soupir métallique que personne n’entend plus vraiment lorsqu’il fait partie du décor quotidien. Comme chaque soir, il avalait ses passagers et leurs silences, les ramenait vers des appartements éclairés, des repas tièdes, des disputes annoncées, des retrouvailles espérées.

À bord, ils étaient une centaine peut-être, serrés dans cette routine de fin de journée, chacun enfermé dans sa bulle, ignorant qu’ils partageaient plus qu’un trajet.

Ils partageaient leur dernier voyage.


Près de la vitre, au fond du wagon, il y avait Élise, vingt-huit ans, tailleur froissé, cheveux attachés trop vite. Elle relisait pour la cinquième fois le message enregistré dans son téléphone.

"On peut se voir ce soir ? J’ai quelque chose d’important à te dire."

Thomas.

Son ex.

Enfin, peut-être plus tout à fait.

Pendant six mois, elle avait répété à ses amies que c’était fini, que certaines histoires n’avaient pas de second chapitre. Mais ce soir, au fond de son ventre, elle portait cette peur étrange qui ressemble à l’espoir.

Elle s’imaginait déjà assise au petit restaurant italien près de la gare. Peut-être qu’il s’excuserait. Peut-être qu’il lui dirait qu’il avait eu tort. Peut-être qu’ils riraient de leur orgueil.

Elle ne savait pas encore qu’elle ne lirait jamais sa réponse.


À quelques sièges de là, Monsieur Benali, soixante-treize ans, tenait contre lui un sac en papier contenant un train électrique miniature.

Son petit-fils Adam fêtait ses huit ans.

Il avait traversé la ville entière pour trouver exactement le modèle dont l’enfant rêvait, celui avec les wagons rouges.

Il souriait en imaginant ses yeux s’illuminer.

Depuis la mort de sa femme, deux ans plus tôt, ces anniversaires étaient devenus sa façon de continuer à fabriquer du bonheur. Il s’était promis de ne jamais manquer un seul instant important.

Dans sa poche, il gardait une photo pliée d’elle, usée à force d’être touchée.

Il avait murmuré en quittant la boutique :

Tu vois, Leïla ? On continue.


Debout près des portes, cramponnée à la barre, Clara, dix-sept ans, récitait mentalement sa présentation.

Le concours d’entrée.

L’école de danse.

Le rendez-vous qui pouvait changer toute sa vie.

Elle portait ses chaussons dans son sac, comme une relique.

Sa mère lui avait dit ce matin :

— Si tu rates, ce n’est pas grave.

Mais Clara savait que c’était faux.

Pas parce que sa mère mentait. Parce qu’elle-même ne survivait que par cette certitude : ailleurs, une autre vie l’attendait. Une vie où son talent suffirait à justifier tous les sacrifices.

Elle répétait les mouvements du bout des doigts, invisible chorégraphie dans l’air du wagon.


Deux places plus loin, Hugo observait discrètement la bague dans sa poche.

Simple. Fine. En argent.

Il l’avait achetée à crédit.

À trente-deux ans, après trois licenciements, deux déménagements, et des années à douter de tout, il avait enfin trouvé ce qu’il voulait.

Camille.

Ce soir, il devait lui demander de l’épouser.

Il avait répété sa phrase dans les toilettes de son bureau.

Puis dans l’ascenseur.

Puis sur le quai.

Chaque version sonnait ridicule.

Alors il avait décidé d’improviser.

Il souriait tout seul, nerveusement, sous le regard agacé d’une passagère.


Assise à l’écart, Marta, aide-soignante de nuit, luttait contre le sommeil.

Elle venait d’enchaîner seize heures de service.

Dans son sac : une échographie.

Douze semaines.

Personne ne le savait encore, pas même Julien, son compagnon.

Elle voulait lui annoncer ce soir.

Elle imaginait sa stupeur, puis ce sourire lent qui naissait toujours d’abord dans ses yeux.

Pour la première fois depuis longtemps, elle se surprenait à croire en l’avenir.


Et puis il y avait ce garçon.

Personne n’aurait su dire son prénom.

Dix-neuf ans, peut-être vingt.

Casquette sombre.

Sac de sport posé à ses pieds.

Il regardait son reflet trembler dans la vitre.

Son visage était celui de n’importe quel étudiant fatigué, de n’importe quel fils rentrant dîner.

Personne ne voyait le chaos derrière ses yeux.

Personne n’entendait les phrases répétées pendant des semaines, les certitudes injectées goutte à goutte par des voix lointaines.

Personne ne savait qu’au fond de lui, sous la peur, sous l’endoctrinement, subsistait encore une minuscule part d’enfant qui voulait simplement qu’on lui dise qu’il pouvait encore descendre au prochain arrêt.

Sa main tremblait.

Il pensa à sa mère.

À la soupe qu’elle préparait les soirs d’hiver.

À ses doigts dans ses cheveux quand il était malade.

Pendant une seconde, le monde retint son souffle.

Il aurait pu se lever.

Descendre.

Disparaître dans la foule.

Redevenir quelqu’un.

Mais parfois une vie bascule sur une hésitation trop courte.

Le train poursuivit sa course dans le tunnel.

Élise relut son message.

Monsieur Benali serra son cadeau.

Clara visualisa son premier saut.

Hugo toucha la bague.

Marta posa la main sur son ventre.

Le garçon ferma les yeux.

Et dans cet instant suspendu, ils étaient encore tous vivants, tous traversés par leurs futurs possibles, tous porteurs d’un lendemain qu’ils croyaient certain.

Le train filait vers la nuit, ignorant qu’il emportait avec lui une centaine de mondes sur le point de s’éteindre.





voyage avec mon chat

 Il était une fois une jeune fille nommée Élise, qui vivait dans une petite maison aux volets bleus, tout au bord d’un village où les saisons semblaient hésiter entre rester et partir. Elle avait de longs cheveux couleur de châtaigne, des yeux curieux comme des fenêtres toujours ouvertes, et pour seul compagnon un chat siamois appelé Saphir, dont les yeux d’ambre semblaient connaître des secrets plus anciens que le temps.

Chaque soir, avant de s’endormir, Élise s’asseyait près de sa fenêtre. Elle regardait le ciel, où les nuages se transformaient en royaumes flottants, en montagnes mouvantes, en visages fugaces. Et Saphir, lové contre elle, remuait parfois la queue comme s’il comprenait ce que racontaient les étoiles.

Une nuit où la lune était ronde comme une lanterne de papier, Élise remarqua qu’un sentier argenté descendait du ciel jusqu’à son jardin. Sans hésiter, elle enfila son manteau de laine, prit Saphir dans ses bras, et posa le pied sur ce chemin de lumière.

À peine l’eut-elle touché que le monde bascula doucement.

Elle se retrouva dans un pays né tout entier de son imagination.

C’était un paysage mouvant, immense et merveilleux. Les collines étaient faites de velours vert, brodées de fleurs qui fredonnaient lorsqu’on les frôlait. Les rivières coulaient en rubans transparents où nageaient des poissons de cristal. Dans les arbres poussaient des horloges à la place des fruits, chacune donnant une heure différente, comme si le temps lui-même avait décidé de jouer.

Saphir sauta à terre et s’élança avec l’assurance d’un guide qui connaissait déjà les lieux.

— Attends-moi ! cria Élise en riant.

Ils avancèrent alors à travers différents tableaux suspendus dans l’air, comme les pages d’un livre immense.

Le premier tableau était celui de son enfance.

Elle y vit une petite fille courant dans un jardin d’été, les genoux écorchés, poursuivant des papillons jaunes. L’air sentait l’herbe chaude et les confitures de sa grand-mère. On entendait des éclats de rire, le grincement d’une balançoire, le bourdonnement tranquille des après-midi sans fin.

Élise tendit la main vers cette image, et aussitôt une pluie de pétales s’en échappa.

— C’était donc ça, le bonheur simple, murmura-t-elle.

Saphir frotta sa tête contre sa jambe, comme pour lui dire de continuer.

Le deuxième tableau était plus sombre.

C’était une forêt d’automne où tombaient des feuilles grises. Elle y reconnut les jours de solitude, les silences pesants, les larmes cachées sous l’oreiller. Les arbres murmuraient des doutes qu’elle avait autrefois nourris.

Élise hésita.

Mais Saphir entra dans le tableau. À chacun de ses pas, les feuilles grises devenaient dorées. Alors elle le suivit. Ensemble, ils traversèrent la forêt, et derrière eux poussèrent de jeunes bourgeons.

Lorsqu’ils ressortirent, Élise se sentit plus légère.

Le troisième tableau éclatait de couleurs.

C’était le présent.

Une grande ville-peinture où les rues étaient tracées à l’aquarelle, où les fenêtres reflétaient mille possibles. Des oiseaux de papier volaient entre les toits. Des portes apparaissaient puis disparaissaient selon les désirs de celui qui les regardait.

Là, Élise se vit telle qu’elle était : en chemin.

Ni enfant, ni tout à fait adulte.

Simplement en train de devenir.

Elle comprit alors que ce pays imaginaire n’était pas seulement un rêve. C’était la cartographie secrète de son âme.

Enfin, ils arrivèrent devant le dernier tableau.

Il était encore blanc.

Immense.

Vide.

Élise resta silencieuse.

— C’est donc cela, demain ? demanda-t-elle.

Saphir la regarda de ses yeux d’ambre et poussa un miaulement si doux qu’il ressemblait à un encouragement.

Alors Élise posa ses mains sur la toile.

Aussitôt, des couleurs jaillirent sous ses doigts.

Elle peignit des océans suspendus, des ponts vers des horizons inconnus, des rencontres lumineuses, des chemins sinueux, des maisons accueillantes, des rires à venir, des instants de paix.

Et au centre, elle dessina une silhouette de jeune femme marchant avec un chat siamois.

Quand elle eut terminé, le tableau se mit à respirer comme une chose vivante.

Le sentier argenté réapparut.

Il était temps de rentrer.

Élise reprit Saphir dans ses bras, traversa le chemin de lune, et retrouva sa chambre.

Au matin, tout semblait pareil.

Et pourtant, sur le rebord de la fenêtre, elle découvrit une plume couleur d’étoile.

Saphir dormait profondément, mais au coin de ses moustaches flottait l’ombre d’un sourire.

Élise comprit alors que certains voyages n’ont pas besoin de cartes.

Ils existent dans cet endroit fragile et infini où naissent les rêves, là où une jeune fille et son chat peuvent traverser les tableaux de toute une vie, simplement en osant fermer les yeux. 




samedi 9 mai 2026

Voyages imaginaires

 

   rubrique sur les voyages dont nous rêvons peut être

et ceux que nuus imaginons totalement