Il était une fois une jeune fille nommée Élise, qui vivait dans une petite maison aux volets bleus, tout au bord d’un village où les saisons semblaient hésiter entre rester et partir. Elle avait de longs cheveux couleur de châtaigne, des yeux curieux comme des fenêtres toujours ouvertes, et pour seul compagnon un chat siamois appelé Saphir, dont les yeux d’ambre semblaient connaître des secrets plus anciens que le temps.
Chaque soir, avant de s’endormir, Élise s’asseyait près de sa fenêtre. Elle regardait le ciel, où les nuages se transformaient en royaumes flottants, en montagnes mouvantes, en visages fugaces. Et Saphir, lové contre elle, remuait parfois la queue comme s’il comprenait ce que racontaient les étoiles.
Une nuit où la lune était ronde comme une lanterne de papier, Élise remarqua qu’un sentier argenté descendait du ciel jusqu’à son jardin. Sans hésiter, elle enfila son manteau de laine, prit Saphir dans ses bras, et posa le pied sur ce chemin de lumière.
À peine l’eut-elle touché que le monde bascula doucement.
Elle se retrouva dans un pays né tout entier de son imagination.
C’était un paysage mouvant, immense et merveilleux. Les collines étaient faites de velours vert, brodées de fleurs qui fredonnaient lorsqu’on les frôlait. Les rivières coulaient en rubans transparents où nageaient des poissons de cristal. Dans les arbres poussaient des horloges à la place des fruits, chacune donnant une heure différente, comme si le temps lui-même avait décidé de jouer.
Saphir sauta à terre et s’élança avec l’assurance d’un guide qui connaissait déjà les lieux.
— Attends-moi ! cria Élise en riant.
Ils avancèrent alors à travers différents tableaux suspendus dans l’air, comme les pages d’un livre immense.
Le premier tableau était celui de son enfance.
Elle y vit une petite fille courant dans un jardin d’été, les genoux écorchés, poursuivant des papillons jaunes. L’air sentait l’herbe chaude et les confitures de sa grand-mère. On entendait des éclats de rire, le grincement d’une balançoire, le bourdonnement tranquille des après-midi sans fin.
Élise tendit la main vers cette image, et aussitôt une pluie de pétales s’en échappa.
— C’était donc ça, le bonheur simple, murmura-t-elle.
Saphir frotta sa tête contre sa jambe, comme pour lui dire de continuer.
Le deuxième tableau était plus sombre.
C’était une forêt d’automne où tombaient des feuilles grises. Elle y reconnut les jours de solitude, les silences pesants, les larmes cachées sous l’oreiller. Les arbres murmuraient des doutes qu’elle avait autrefois nourris.
Élise hésita.
Mais Saphir entra dans le tableau. À chacun de ses pas, les feuilles grises devenaient dorées. Alors elle le suivit. Ensemble, ils traversèrent la forêt, et derrière eux poussèrent de jeunes bourgeons.
Lorsqu’ils ressortirent, Élise se sentit plus légère.
Le troisième tableau éclatait de couleurs.
C’était le présent.
Une grande ville-peinture où les rues étaient tracées à l’aquarelle, où les fenêtres reflétaient mille possibles. Des oiseaux de papier volaient entre les toits. Des portes apparaissaient puis disparaissaient selon les désirs de celui qui les regardait.
Là, Élise se vit telle qu’elle était : en chemin.
Ni enfant, ni tout à fait adulte.
Simplement en train de devenir.
Elle comprit alors que ce pays imaginaire n’était pas seulement un rêve. C’était la cartographie secrète de son âme.
Enfin, ils arrivèrent devant le dernier tableau.
Il était encore blanc.
Immense.
Vide.
Élise resta silencieuse.
— C’est donc cela, demain ? demanda-t-elle.
Saphir la regarda de ses yeux d’ambre et poussa un miaulement si doux qu’il ressemblait à un encouragement.
Alors Élise posa ses mains sur la toile.
Aussitôt, des couleurs jaillirent sous ses doigts.
Elle peignit des océans suspendus, des ponts vers des horizons inconnus, des rencontres lumineuses, des chemins sinueux, des maisons accueillantes, des rires à venir, des instants de paix.
Et au centre, elle dessina une silhouette de jeune femme marchant avec un chat siamois.
Quand elle eut terminé, le tableau se mit à respirer comme une chose vivante.
Le sentier argenté réapparut.
Il était temps de rentrer.
Élise reprit Saphir dans ses bras, traversa le chemin de lune, et retrouva sa chambre.
Au matin, tout semblait pareil.
Et pourtant, sur le rebord de la fenêtre, elle découvrit une plume couleur d’étoile.
Saphir dormait profondément, mais au coin de ses moustaches flottait l’ombre d’un sourire.
Élise comprit alors que certains voyages n’ont pas besoin de cartes.
Ils existent dans cet endroit fragile et infini où naissent les rêves, là où une jeune fille et son chat peuvent traverser les tableaux de toute une vie, simplement en osant fermer les yeux.

très belle page ma Danny, bisous
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